Epiphanie son histoire

La petite fille égérie de notre association et de notre site, Epiphanie, nous préoccupait déjà au mois d'avril dernier après mon premier voyage, et vous vous souvenez que nous cherchions à la connaitre davantage pour pouvoir l'aider. Plusieurs blocages émanaient de son prétendu tuteur, et pour cause.
Après une enquête minutieuse avec l'aide de nombreux amis Béninois du quartier, j'ai pu établir avec certitude que la petite fille était malheureuse et effectivement esclave du petit restaurant de rue proche de mon hôtel (un "maquis"). A neuf ans, elle passait ses journées à balayer la rue, à transporter de lourdes charges d'eau ou de bois sur sa tête, à piler de la nourriture. Elle était MAL traitée, nourrie, vêtue, elle regardait passer les enfants de son âge qui allaient ou revenaient de l'école, prostrée contre la palissade du restaurant. Les petites filles de la patronne l'utilisaient et la mordaient parfois. Les derniers jours, la "gargotière" constatant mon intérêt pour elle, lui avait interdit de m'approcher et mettait sa petite fille à ses basques pour la surveiller. Si elle cédait elle était battue, j'ai dû donc être très prudent.
Sa mère au village  a été trompée par un vieux directeur d'école et une agent d'une ONG béninoise (fille de la gargotière !) qui construit des puits dans la brousse. Ces deux individus pourtant instruits ont promis de s'occuper d'elle et de la scolariser, en fait ils l'ont donné ou vendu (?) à la tenancière du "Maquis" qui ne l'a jamais mise à l'école, évidemment.
J'ai décidé d'agir et ai remué "ciel et terre". J'ai appelé l'ambassade de France en leur disant que je ne rentrerai pas en France sans avoir réglé le problème, j'ai été aidé par Madame Mathilde Heurtaux chargée d'affaire (que je remercie chaleureusement) qui a joint le Ministère de la Famille et de la Santé Béninois, et obtenu le vendredi 4 décembre ces directives à mon intention : avertir l'assistant social et le commissaire de police local à Dassa pour retirer l'enfant. L'opération était prévue le lundi 7 décembre. Mais me confiant aux amis "sages" du quartier, (je remercie Cyriaque Edjo et Eric Nounagnon pour ces conseils inestimables) ces derniers m'ont persuadé qu'avant de faire intervenir la police, il fallait trouver les parents, leur expliquer la situation, et les convaincre de venir chercher Epiphanie. C'était bien mieux que la mère vienne libérer sa fille et éviter une intervention ubuesque à l'africaine préjudiciable à la vie sociale du quartier, et à l'équilibre d'Epiphanie. Nous avions obtenu quelques renseignements de la petite fille sur ses parents et son village; Mugnon prés d'Abomey famille Adjadbey Bernardin...Le dimanche 6 décembre nous partions donc à Bohicon en taxi collectif avec Eric puis prenions un taxi moto "Zem" jusqu'a Mugnon. Dans ce village nous avons réussi à prendre un guide qui après trois échecs (à fond, dans des sentiers à moto!) nous trouve enfin les quelques maisons et la famille. Eric explique au groupe de villageois rassemblés et apeurés, après quelques moments de palabres, la mère d'Epiphanie, sa tante et son frère rassurés se dévoilent, et décident de venir à Dassa récupérer l'enfant le soir même. Entre temps depuis quelques jours, avec l'aide d'Adèle Dossou, présidente de la coopérative des "concasseuses" que j'embrasse très fort, nous avions trouvé une place (la dernière) à l'internat de l'école des sœurs de Notre Dame de Lourdes à Sokponta au nord de Dassa (à 12 kilomètres). La petite a donc été retirée le dimanche soir du Maquis (après beaucoup de discussions). Nous avons logé et nourrit Epiphanie et sa famille gratuitement chez un de mes amis Toussaint Gdabo. Et le lundi matin, dans le 4X4 que m'a prêté Cyriaque, j'amenais tout le monde chez les sœurs de Sokponta.....
Avec Jean Claude Fargues en France et Pierre André (trésorier et secrétaire d'Adésibé), nous avons décidé de payer avec l'argent de l'association, l'annuité complète de la petite : pension, argent de poche, vêtements, fournitures scolaires, frais de scolarité, voyage pour les vacances dans sa famille. Epiphanie, qui n'a jamais été à l'école, a bien débuté, elle est rentrée aujourd'hui dans son village pour les vacances de Noël...
Une grande chaine de solidarité s'est donc créée autour d'Epiphanie avec vous tous et mes amis Béninois. Là bas un soir nous avons fêté ce succès, qui m'a valu beaucoup de félicitations auxquelles je vous associe tous. Pris par le poids de leur tradition eux ne peuvent malheureusement faire grand chose, car tous les notables ont en majorité des "servantes". Il n'y a qu'un"Yovo" (un blanc) pour faire ça ...oui mais avec Vous. Maintenant on a une dépense obligatoire annuelle à l'association: Epiphanie.

Epiphanie est prête pour aller à l'école.
Epiphanie est prête pour aller à l'école.

En  conclusion, je vous dirai que bien-sûr l’objectif de mon voyage était bien de les aider à cliver et à façonner le granit, mais comment fermer les yeux et rester insensible au drame de cette petite fille qui, grâce au granit, a eu la chance de nous retrouver ?

 

Joyeux Noël à tous ! et Bonne Année 2010!

Merci de votre soutien.

A bientôt,

Damien.


Vous pouvez sélectionner ce message en le mettant en surbrillance le copier(Ctrl C), le coller sur votre messagerie  ( Ctrl V) et le  diffuser autour de vous afin de faire connaître l'association Adesibé. Merci! On ne sera jamais trop nombreux pour les aider!

Adésibé est aussi sur Facebook:

"Adésibé Brassac"

pour recevoir l'actualité de l'association envoyer votre email à associationadesibe@orange .fr